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Mardi 19 novembre, une rencontre avec Daniel Andler s’est déroulée à l’Alliance française de Bologne. Le professeur émérite de l’université Sorbonne, a donné son point de vue autour des débats sur l’IA, dans le contexte de sa récente publication "Intelligence artificielle, intelligence humaine: la double énigme" dont la version italienne "Il duplice enigma : intelligenza artificiale e intelligenza umana" est parue chez Einaudi.

Par Agnese Poggio et Matilde Mancini étudiantes en Lingue e letterature straniere au LILEC (Università di Bologna).

15 décembre 2024, 18h04

Pourquoi avez-vous décidé de passer des mathématiques à la philosophie et quel est le lien entre ces deux disciplines?

Sur le plan personnel je me suis toujours intéressé aussi bien à la philosophie qu’aux mathématiques, toutefois j’ai pensé que c’était mieux de commencer par celles-ci, parce qu’elles sont plus simples à apprendre quand on est jeunes. Contre toute attente, j’ai été absorbé par les mathématiques plus longtemps que prévu. J’ai obtenu très tôt un poste à l’université et j’ai commencé à enseigner et à me professionnaliser dans ce domaine. Étant donné ma spécialité en logique mathématique, qui a une racine philosophique, c’était relativement simple pour moi de me tourner vers la philosophie. Ainsi je suis devenu professeur de philo et je me suis occupé d’une question précise : une machine peut-elle penser.

Concernant le lien entre ces deux disciplines, de nos jours elles sont conçues, surtout en France, comme indépendantes l’une de l’autre, alors que dans les pays anglophones il y a plus de communication entre les deux. Sans doute, l’élément qu’elles ont en commun est le fait d’être abstraites. Dans l’histoire on a des exemples de mathématiciens-philosophes comme Descartes et Leibniz, qui représentent l’union de ces deux disciplines.

Qu’est-ce qui vous a amené à écrire sur l’IA?

Quand je suis arrivé à Berkeley pour mon doctorat en mathématiques, j’ai fait connaissance d’un jeune professeur de philosophie formé à Harvard, qui grâce à son frère, spécialiste de recherche opérationnelle, s’était intéressé à l’IA. Les deux frères ont été chargés de faire un rapport pour la Rand Corporation, une société de consulting qui s’interrogeait sur l’intelligence artificielle qui venait de naître dans les années ‘50. C’était juste en suivant un séminaire de ce professeur que j’ai commencé à m’intéresser à ce sujet. Après cela, je me suis aperçu que déterminer si une machine pouvait être intelligente était une vraie question philosophique sans réponse immédiate. Pendant les années soixante-dix et quatre-vingt les études sur l’IA ont été freinées par le manque de fonds, par conséquent j’ai arrêté temporairement mes réflexions à propos de ce thème. Finalement, je m’y suis intéressé avec son succès mondial et avec le développement des études sur l’intelligence humaine.

Pour finir, pensez-vous que l’IA pourrait être démoralisante, et limiter la volonté de découvrir et la curiosité, ou au contraire vous pensez qu’elle encouragera la volonté de découvrir de nouvelles choses?

Je crois que c’est une réponse oscillante. D’un côté, il y a effectivement un risque d’affaiblissement de la volonté de connaître, on le voit déjà avec Google qui nous met à disposition une série d’informations grâce auxquelles on peut trouver des réponses à nos questions. Par conséquent on se donne moins le mal d’apprendre par soi-même en cherchant ce dont on a besoin dans les livres. Tous ces processus d’exploration sont en train de s’éteindre en augmentant les risques, surtout pour les jeunes, de ne pas entraîner le “muscle de la connaissance”. De l’autre côté, l’IA c’est un instrument utile parce qu’elle nous permet non seulement d’arriver au cœur d’une question, mais aussi d’aider quelqu’un qui n’a pas reçu une éducation avancée à nourrir sa connaissance à propos de ses curiosités. En résumé, tel est l’objectif de l’IA: c’est nous qui commandons et elle qui est à notre service.

L’Alliance Française de Bologne remercie Agnese Poggio et Matilde Mancini.

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